Romy Jean-Michel

J.F. Boudoul

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Auteur de la collection Indécente, Romy Jean-Michel signe « Pulsions de chair ».

 

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J.F. Boudoul

 

 

1971 : J’ai poussé mon premier cri d’homme, un 17 juillet, dans une chambre où il régnait une chaleur suffocante. Je suis né à Jacmel, ville balnéaire au sud est de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti. Mon enfance se passa dans une relative sérénité. J’étais entouré de l’amour des miens, mes parents, sœurs, frères, cousins ; et bien d’autres personnages encore. C’était souvent des femmes.  Elles m’ont fait découvrir la grandeur du monde, juché sur leurs épaules de géantes. Plus tard, quand les émois de l’adolescence commencèrent à exploser en moi ; d’autres femmes sont venues éteindre avec l’eau vive de leur innocence, le feu qui me consumait de l’intérieur.

– 1986 : Cette année là j’étais à Port-au-Prince, pour poursuivre mes études secondaires, à l’Institution Saint Louis de Gonzague. La muraille de la dictature des Duvalier tomba un 7 février. Les rescapés du régime, les petits soldats qui n’ont pas trouvé de salut dans la fuite, périrent dans l’avalanche vengeresse soulevée par la colère du peuple. J’ai vu et entendu tellement d’horreurs que ma foi en l’humain, a été profondément ébranlée.

– 1988 : J’intègre le lycée Alcibiade Pommayrac. C’était la première fois que je côtoyais des filles sur les bancs de l’école, car j’ai toujours fréquenté des institutions privées, congréganistes où la mixité dérange. J’ai découvert la littérature haïtienne, et des auteurs comme René Depestre, Lionel Trouillot, Frankétienne, Métellus, Laferrière et bien d’autres. Je fus subjugué par le foisonnement des œuvres, et cette densité qui révèle avec humour et lyrisme les profondeurs de l’âme haïtienne. C’est également l’année des premières joutes oratoires avec mon père, sur des sujets qui touchent à l’éthique, l’amour, la haine, le pardon et sur l’ésotérisme.

– 1992 : Le 2 septembre j’atterris à Paris, aéroport Charles de Gaulle. Fascination et déception. Un parcours du combattant rude, semé d’embûches pour un jeune Haïtien qui vit loin des siens, privé des senteurs, bruits, saveurs qui agrémentent le quotidien en Haïti.

Mais, la chaleur de l’accueil, l’amitié et l’amour m’ont aidé à ancrer mes racines à Lille, dans le Nord. Aujourd’hui, je suis père de trois enfants à qui je raconte des fois la beauté de mon pays de naissance. J’exerce le métier de formateur, après avoir travaillé plus de dix ans, en qualité d’infirmier auprès de populations précarisées et dépendantes aux substances psychotropes.

Je continue à me nourrir de lectures d’auteurs variés, car je n’aime pas m’enfermer dans le sectarisme.  Toutefois, j’ai une préférence pour un auteur haïtien : Garry Victor. Digne héritier de la tradition littéraire de notre pays, il perpétue avec talent, réalisme et optimisme, l’art de raconter. Après avoir écrit des nouvelles et quelques essais poétiques, au gré de mon inspiration, je me lance dans l’aventure vertigineuse du roman.

J’ai découvert une activité exigeante, qui impose un questionnement permanent sur le monde, sur soi, sur l’autre, sur la vie. Le citoyen écrivain que je suis n’est pas un être d’exception. Je suis juste habité par le besoin impérieux de dire avec le langage de l’écriture, ce que la parole peine à exprimer.  Puis vient l’envie de partager ce que l’imagination a enfanté.

 

J.F. Boudoul